Life course

- Hervé Schlüchter -

Childwood

Je suis né et ai grandi à Moutier, un petit village de 300 âmes, au Bémont dans le Jura, où mon papa était le facteur du village.

J’ai toujours aimé créer de mes mains, et ayant souvent observé mon papa, apiculteur à ses heures, construire de nombreux éléments comme ses ruches, ses cadres, et même certains de ses outils. J’aimais passer du temps avec lui dans son atelier pour fabriquer des choses pour moi. C’étaient des moments de calme et de sérénité, sauf quand tout ne se déroulait pas selon nos plans ! Dans le même temps, je passais beaucoup de temps sur les patinoires, car ma maman y tenait la buvette. Circonstances rêvées pour faire des matchs très disputés avec mes amis pendant des heures. À quinze ans, le temps fût venu de quitter la maison familiale afin de m’établir à Porrentruy et de faire mon école d’horlogerie tout en poursuivant ma passion du hockey.

L'école technique de Porrentruy

C’est l’époque de ma formation de l’école technique de Porrentruy (1994-1998), ville où je résidais seul en raison de la distance depuis chez mes parents. Les journées étaient longues et très rythmées, ce qui contribua à me former à un volume de travail important; je le comprendrais plus tard. Cette période me donna les outils nécessaires et la maturité pour endosser rapidement des responsabilités dans ma future vie professionnelle.

Je me souviendrai toujours, en 1996, avoir été fasciné de découvrir au milieu de mon apprentissage, le travail de Philippe Dufour qui présentait sa Duality avec deux organes réglants. Le jeune élève que j’étais, eut beaucoup de mal à comprendre le fonctionnement d’une montre à deux cœurs. Ce moment a semé une graine. Je n’ai plus cessé de suivre l’œuvre de Philippe.

Rapidement des responsabilités

Le diplôme de l’école d’horlogerie en poche, mon premier emploie a été chez Valgine à l’emboîtage et à la pose de bracelets. À l’époque, il n’y avait pas encore la marque Richard Mille chez Valgine, mais je me souviens, lors des visites de M. Mille de ses explications sur sa future marque et son concept étonnant pour l’époque. Nous étions très surpris de son axe de réflexion. Tout le monde connaît la suite de cette fabuleuse success story.

En 2000, on m’offre l’opportunité de travailler sur des mouvements tourbillons dans une jeune manufacture horlogère. Après le début et la prise en main des tourbillons, je me suis rapidement retrouvé Chef de l’atelier. Nous avions de nombreux clients et je travaillais en direct avec les ateliers des marques qui s’approvisionnaient en calibre tourbillon à complications. De cette époque, je garde le souvenir de nombreuses rencontres avec des personnes merveilleuses avec qui j’entretiens toujours des relations. Au fil des années, on m’a proposé de reprendre plusieurs départements à l’interne : la décoration, le prototypage, le bureau technique. J’ai ainsi naturellement découvert l’ensemble des métiers qui font une manufacture.

En 2006, cette manufacture est rachetée par Pascal Raffy qui va en faire Dimier, la manufacture de la marque Bovet. Nouveau départ, humain et technique, l’aventure fût magnifique. En 2010, je suis nommé Directeur technique. Cette expérience me permit d’acquérir une vision à 360° d’une belle Maison horlogère, indépendante. Un nombre impressionnant de calibres avec des complications très variées furent conçus et réalisés : du pur bonheur et beaucoup, beaucoup de travail. J’ai notamment eu la chance et le privilège de collaborer de manière très rapprochée avec les équipes de Pininfarina. À leur contact, j’ai observé leur manière de faire et de penser. Depuis, j’ai toujours conservé leur méthode de création avec les clés essentielles et prioritaires pour créer un objet bien pensé : design, technicité/innovation et rareté.

Nouveau départ

2016 est une année charnière dans ma vie d’homme. Dans la même année, je perds mon papa dans sa 68th année, et deux mois plus tard, je deviens papa à mon tour pour la première fois. Réalisant de manière frontale que la vie est courte et que l’on se doit de réaliser ses rêves dans le temps qui nous est donné, je décide de me lancer et de tenter l’aventure comme je l’ai si souvent rêvé depuis mon adolescence.

J’ai donc décidé de repartir du début professionnellement, et de devenir horloger indépendant.

En 2017, Hyade-S, mon label créatif horloger est créé. L’idée est de donner naissance à des objets destinés aux autres, tout en restant dans l’ombre. Cette parenthèse était nécessaire pour me redéfinir et construire la vie dont j’ai toujours rêvé. La même année, je commence un projet majeur qui verra le jour en 2022, année de l’annonce de la création à Bienne de mes Ateliers d’Art Traditionnel Horloger.

 

Le meilleur reste à venir.